Le devenir de l’humanité appartient à l’humanité. Pas à ceux qui savent gagner une élection, accéder au pouvoir ou acheter les moyens de se faire entendre.
Deux présents coexistent. Deux manières de préparer la suite.
L’un regarde le réel en face. Il caractérise les limites, les nomme, en tire les conséquences. Il cherche à concevoir une organisation humaine à la hauteur de nos connaissances, de nos possibilités et de nos limites. Un système qui les intègre au lieu de les opposer ou de les nier.
L’autre construit sur les chimères. Les mythes de puissance, les promesses d’illimité, les projections flatteuses de soi et les caricatures des autres. Il préfère un ennemi à une remise en question. Un personnage à une méthode. Une promesse à une limite.
Dans les deux cas, le réel s’impose. La différence, c’est ce que nous préparons pour lui répondre.
Nos façons de travailler, de communiquer, de vivre se transforment. Pour le meilleur et pour le pire. Pourquoi nos manières de décider ensemble restent-elles aussi dépendantes de formes de pouvoir héritées d’un autre temps ?
Le progrès technique ne tient pas lieu de progrès démocratique.
Pour l’instant, le « réalisme » qu’on nous oppose est surtout économique. Les comptes, la dette, la compétitivité. Comme si nos règles de gestion avaient davantage d’autorité que les conditions physiques de notre existence. Comme si leur obéir suffisait à nous assurer un avenir.
Même selon leurs propres promesses — prospérité, sécurité, stabilité — ceux qui nous imposent cette discipline doivent rendre des comptes. À la place, on nous demande de nouveaux efforts. Et lorsque les promesses échouent, on nous en sert de plus grandes. Assorties de nouveaux boucs émissaires.
Si vous voyez dans les figures de Trump, de Farage ou de Milei un horizon politique souhaitable, ce texte ne cherche pas à vous convaincre. Si vous êtes satisfaits de remettre votre devenir entre les mains d’un personnage charismatique, passez votre chemin.
Mais ne les supposons pas naïfs. Je ne crois pas qu’ils ignorent les limites du monde. Je considère qu’ils cherchent surtout à s’en réserver la meilleure part. Plus pour eux. Beaucoup moins pour les autres. Et maintenant, battez-vous pour ce qui reste.
Voilà le programme derrière leur caricature. Pas un dépassement des limites : leur confiscation.
L’histoire en est pleine. Nous en connaissons les ravages : les dictatures, les injustices, les guerres, les morts.
Mêmes causes, mêmes effets.
Faut-il encore aller au bout de ce cycle pour constater, une fois de plus, l’évidence ?
Aux autres, à ceux qui sentent que quelque chose ne va pas sans savoir par où commencer : je propose de poursuivre cette lecture. Puis de faire quelque chose.
Nous appelons démocratie des particraties qui portent au pouvoir des vainqueurs de concours de communication. Pourtant, gagner une campagne ne démontre ni la capacité ni la volonté de servir l’intérêt général.
Communiquer n’est pas comprendre. Se maintenir n’est pas gouverner.
Je conteste cette féodalité de la politique de métier. Le clientélisme. Le népotisme. La médiocrité érigée en autorité. Je refuse que notre liberté se réduise à choisir une couleur dans une palette considérée comme immuable.
La vie n’est ni de droite ni de gauche. Réduire nos existences à ces étiquettes, c’est nous traiter comme des segments de marché. À conquérir. À fidéliser. À opposer.
Nos colères et nos peurs sont de l’audience pour ceux qui les mettent en scène, des carrières pour ceux qui les convertissent en pouvoir, des profits pour ceux qui possèdent les canaux de leur diffusion. Ces intérêts se renforcent et la boucle se referme sur nous.
Nous entretenons ceux qui nous tiennent.
On nous demande des efforts. On nous les impose. On nous infantilise pour nous les faire accepter. Travailler davantage, plus longtemps, avec moins de sens. Accepter l’incertitude et la compétition permanente.
Pour aller où ?
Je ne refuse pas l’effort. Je refuse qu’on me le présente comme un aboutissement. À plus forte raison lorsque la leçon vient de ceux qui le partagent le moins.
Notre monde et nos vies sont finis. Point.
Nous pouvons changer les règles financières, les frontières, les traditions, les rites. Nous les avons inventés.
Vous n’y croyez pas ? Regardez de plus près. Ceux que je viens de citer les remettent en cause et les transforment à leur avantage. En ce moment.
Nous ne pouvons, en revanche, pas voter l’abolition des limites physiques.
La question n’est donc pas de savoir si nous pouvons changer les règles. C’est de savoir qui les change, pour qui et vers quoi.
Il est temps de mettre notre organisation collective à la hauteur de ce que nous savons et de ce que nous pouvons. La modernité ne se résume pas à la puissance de nos outils. Elle se mesure aussi à notre manière de décider, de partager et de vivre ensemble.
Nous savons transformer nos moyens. Il est temps de choisir collectivement nos fins.
Voilà pourquoi je porte une ambition explicite : **la démocratie participative mondiale. Maintenant.**
Sa légitimité tient dans son énoncé. Pourquoi faudrait-il justifier cette exigence davantage que sa confiscation ?
Pas un homme providentiel à l’échelle de la planète. Une humanité qui prend collectivement la responsabilité de son devenir. Il ne s’agit pas de moderniser les moyens de nous soumettre. Il s’agit de concevoir les moyens de nous gouverner.
C’est le chantier de RESET 2050. Je l’ai engagé.
Le livre s’écrit, avec une publication visée en 2027. J’y expose mes refus, mes contradictions, des propositions et une fiction. Je ne prétends pas tout inventer. Loin s’en faut. Je relie des connaissances et des pistes travaillées par d’autres. J’y ajoute quelques propositions plus personnelles.
Mon but n’est pas d’inspirer. Mon quota de films, de documentaires, de conférences et de rencontres inspirantes est atteint. Il s’agit de faire. D’agir. De concrétiser.
Je prépare donc la création d’une organisation transnationale. J’en porte l’impulsion. Cela ne me donne aucun droit à décider pour les autres. D’autres initiatives similaires existent de par le monde. Il s’agit de nous rencontrer, de relier nos forces et de construire une capacité d’action commune.
Le livre est personnel. L’organisation ne sera pas ma propriété. Elle se construira avec des personnes, des moyens, des financements, des relais et une charte qui m’obligera autant que les autres.
La Constellation en propose le référentiel : le socle de dignité humaine et les limites planétaires du Donut de Kate Raworth, associés aux dimensions psychologiques et sociologiques qui nous mobilisent.
Un cadre suffisamment étayé pour guider nos choix, suffisamment ouvert pour être corrigé. Des règles communes, pas des vies identiques.
Il ne s’agit pas de faire entrer l’humanité dans mon imaginaire. Il s’agit de donner à nos imaginaires les moyens de rencontrer le réel.
Je ne propose pas de lutter contre ce système. Je propose de lui tourner le dos et de construire autre chose.
Ce chantier demande des renoncements. Y compris les miens. J’aime la viande. J’aime prendre l’avion. Je ne parle pas depuis l’extérieur.
Mais derrière ces efforts, je veux voir des rivages blancs. Un résultat nommable, descriptible, imaginable, plausible. Je veux une vie et un chemin.
Du temps retrouvé. Une sécurité d’existence. La possibilité d’apprendre, de prendre soin, de rencontrer, de créer. Une division du temps de travail organisée pour cela. Pour moi et pour tout être humain.
La finitude n’interdit pas de grandir. Elle nous oblige à choisir ce que nous voulons faire croître.
Nous avons une vie à vivre. Et un vaisseau spatial déjà endommagé, dont il faut stabiliser les conditions d’habitabilité en urgence. Reporter cette responsabilité, c’est en faire porter le coût à ceux qui viennent immédiatement derrière nous.
J’ose nommer cet idéal. Je ne laisserai pas ceux qui ont renoncé à s’occuper de leurs rêves me demander de taire les miens.
Et je vous demande les vôtres.
Dès maintenant, pendant que RESET 2050 se construit, racontez une journée de votre vie en 2050.
**Face A : le monde que vous souhaitez habiter. Face B : celui que vous redoutez.**
Quelques phrases suffisent pour commencer. Vous pouvez développer, reprendre, changer d’avis. Pas une performance littéraire. Un premier exercice pour reprendre part à la construction du commun.
J’affirme que cet exercice est de la politique. Il en est même la base : nommer ce que nous voulons vivre ensemble.
Ces récits ont vocation à nourrir une cartographie évolutive de nos imaginaires. Rendre visibles les convergences, les désaccords et les aspirations. Les confronter aux connaissances, aux conséquences et aux droits des autres. En tirer des propositions, des étapes, des décisions.
Imaginez cet exercice multiplié par des millions de personnes. Renouvelé au cours d’une vie. Pourquoi pas chaque année ?
Nos imaginaires sont engourdis. Remettons-les en mouvement.
Votre intérêt compte. Votre approbation aussi. Mais ils ne suffisent pas.
L’avez-vous déjà fait, une seule fois ? Pris le temps de raconter le monde que vous voulez vivre, au lieu de seulement réagir à celui que l’on vous présente ?
Offrez-vous ce temps. Faites sortir ce monde de votre tête. Celui auquel vous avez peut-être collé l’étiquette de rêverie, avant de le ranger.
Je sollicite votre imagination, vos propositions, vos actes. Et des relais pour porter cet appel au-delà de nos cercles, de nos langues et de nos frontières.
Nous ne demandons pas la permission d’imaginer et de nous organiser démocratiquement.
**2050 n’est pas une date pour commencer. C’est un horizon de résultats.**
**Seuls les actes comptent.**